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Tout est dans tout, et réciproquement

par Régis Soavi

Comprendre le Riai c’est, au-delà des correspondances techniques, sortir du monde de la séparation. C’est accepter de retrouver l’unité de l’être pour sentir dans tout son corps la vie qui se manifeste.

Oui le Riai existe, je l’ai rencontré

Pour vraiment à la fois le comprendre et le sentir dans notre être, il nous faut effectuer un dépassement. Aller au delà de la technicité, ne pas se réduire simplement à l’imitation, tout en respectant bien sûr ceux qui nous guidèrent et apportèrent les fruits de leurs propres recherches. Lorsque Noro Masamichi senseï créa le Kinomichi, il révéla, déjà il y a plus de quarante ans, ce qu’il avait découvert. Il a pu en faire profiter ses élèves et cela sans nécessité de discourir à propos du Riai, car il en démontrait bien avant déjà les capacités, la vigueur et la finesse dans ses si extraordinaires démonstrations que j’ai eu la chance de voir. Les capacités de Tamura Nobuyoshi senseï dans ce domaine ne sont plus à démontrer non plus. Tant d’autres nous en ont fait la démonstration.

Régis Soavi. Riai
Régis Soavi : Rendre visible les axes du corps qui portent l’action

Dans les coulisses

Quelle que soit notre technique et, aussi précise soit-elle, celle-ci dépend de très nombreux éléments. D’abord notre mental avant et pendant l’action, ainsi que les réactions du partenaire versus adversaire, notre forme physique du jour, et enfin l’instant T, toujours dans l’indéfinissable. Dans les coulisses de notre for intérieur si l’on peut dire, quelque chose travaille dont nous n’avons pas connaissance, et même dont nous ne pouvons ni ne devons prendre conscience – si ce n’est dans le moment même où il se produit –, car le risque est grand de l’empêcher de se manifester. Seules les personnes qui ont accepté de se vider l’esprit des bruits perturbateurs qui l’encombrent peuvent réaliser l’unité nécessaire à l’action juste.

Quand nous sommes vides de toute pensée parasite, de toute interrogation superficielle, nous sommes dans l’état naturel de l’être humain où, ce qui peut et doit surgir saura utiliser tout à la fois notre potentiel qui lui-même saura s’appuyer sur notre entraînement, et notre comportement dans la vie de tous les jours.

Créer un comparatif est un danger

Voir les axes du corps qui portent l’action me semble «l’acte» le plus important pour un pratiquant car les lignes qui définissent ces axes dépendent de chaque personne, de chaque tendance corporelle et chacune a ses spécificités. Le danger de la comparaison est le risque de bloquer l’attention sur des détails au détriment de l’ensemble de l’observation. Par contre, savoir apprécier à sa juste valeur un mouvement, un geste, quel que soit l’art, nous permet d’élargir notre champ de connaissance et, par la même occasion, nos capacités.

Peut-être le Yoseikan Budo est-il l’art où la réalité du Riai a été dès le début la plus évidente pour moi. Créé à la fin des années soixante par Mochizuki Minoru qui était sans conteste l’un des plus hauts gradés dans plusieurs arts martiaux du Japon (Aïkido, Jujitsu, Iaido, Judo, Kendo, Karaté), le Yoseikan Budo est maintenant conduit par son fils Mochizuki Hiroo qui en est le Soke. J’ai eu la chance de le rencontrer, dans les années soixante-dix, lors d’une démonstration où Tsuda senseï, invité lui-même, nous avait emmenés. Étant donné que j’avais pratiqué le Judo pendant plus de six ans, le Ju-jitsu Hakko-ryu avec Maroteaux senseï et le Jiu-jitsu de l’école Jigo ryu avec Tatsuzawa senseï, j’ai tout de suite apprécié la performance qui m’était donné à voir. Les katas de Iaido qui clôturaient la présentation de cet art révélaient sans conteste une compréhension et une mise en lumière de la réalité du Riai.

De même, je me souviens avoir vu un documentaire1 au début des années quatre-vingt-dix sur le Taï-chi-chuan qui présentait le travail de maître Gu Meisheng, et avoir été extrêmement impressionné par les mouvements de son corps, sa façon de bouger pendant ses démonstrations. Je voyais de manière très précise le même mouvement corporel que mon maître Tsuda Itsuo, les techniques étaient fondamentalement différentes, mais tant l’esprit que ce quelque chose qui l’habitait donnait un résultat incroyable : je voyais mon maître vivant et pourtant ce n’était pas lui. Je me suis procuré la cassette vidéo et nous la visionnons au dojo chaque fois que cela est opportun, comme par exemple lors du stage d’été.

Comparer l’efficacité de la technique sans voir l’essentiel du mouvement serait une grave erreur. Parfois, indépendamment de l’éventuelle compétence technique, c’est la seule présence ou la détermination de la personne – c’est-à-dire la concentration du Ki (du Chi pour les arts chinois) – qui suffira à résoudre un problème.

La respiration KA MI

Ce qu’il y a derrière tout mouvement, et que bien souvent on ne perçoit pas assez, c’est la «Respiration». Au même titre que le sang circule dans toutes les parties de notre corps, même les plus petites, la respiration, notamment en tant qu’oxygénation, circule sans interruption, elle aussi, à travers chaque cellule. Elle est le vecteur de notre faculté à nous mouvoir, donc à nous déplacer, et donc à réagir quand il y en a le besoin. La visualisation de la respiration est la prise de conscience de la réalité du Ki. Il est très difficile de concevoir le Ki, qui est du domaine du sentir, c’est pourquoi les maîtres d’art martiaux utilisent différentes méthodes dans leurs enseignements afin de permettre à leurs élèves d’approcher cette perception. C’est, notamment, à travers la prononciation des noms Ka et Mi que Tsuda senseï nous a enseigné que l’on peut comprendre l’identité commune existante entre toutes les techniques et entre tous les arts. Ceci ne retire rien à la spécificité de chacune d’entre elles ou de chacun d’entre eux, mais nous ouvre une fenêtre pour sa compréhension.

Itsuo Tsuda, exercice de respiration Ka-Mi durant la pratique respiratoire. Riai
Itsuo Tsuda, exercice de respiration Ka-Mi durant la pratique respiratoire

À chaque inspiration on prononce mentalement, ou à voix basse, ce qui aide à la visualisation, le mot Ka (radical de « feu » en japonais) et à chaque expiration Mi (radical de l’eau) ; petit à petit on intègre cette manière de faire et donc la visualisation devient de plus en plus facile. À tel point que l’on n’a plus à s’en préoccuper, sauf pour certains exercices qui requièrent une plus grande concentration. Il est important de savoir que la visualisation n’a rien à voir avec l’imagination car c’est un acte qui se produit par l’action concrète du koshi qui est en prise directe avec la réalité. L’imagination est, au contraire, un produit des zones supérieures du cerveau, dont le but est de nous faire entrer dans un monde abstrait et donc fondamentalement irréel.

Grâce à cet enseignement, il est possible de prendre conscience que notre perception du temps se dilate dans cette réalité qui est notre quotidien. C’est une chose que chacun a déjà vécu au moins une fois, voire de nombreuses fois, dans sa vie. Par exemple, lorsqu’on attend un autobus qui a deux minutes de retard, le temps nous semble très long, alors qu’une soirée avec des amis est passée avant que l’on ne s’en rende compte. Mais cette technique de visualisation qui s’appuie sur la respiration peut nous révéler beaucoup plus que ces simples constatations, elle peut nous dévoiler un univers que nous ignorions jusque-là. Tsuda senseï nous en a décrit quelques aspects lorsqu’il écrivait dans son deuxième livre :

« La dilatation du temps constitue le fondement même de la technique seitaï. Entre l’expiration et l’inspiration, il y a un arrêt de respiration, un point mort pendant lequel l’homme ne peut réagir en aucune façon. Cette fissure, comme on peut s’en rendre compte, est presque imperceptible et on a l’impression que l’expiration et l’inspiration se succèdent sans solution de continuité. Mais pour Noguchi2, c’est comme une porte largement ouverte.
[…]

C’est d’ailleurs dans la fissure de la respiration que toute technique, qu’il s’agisse de Judo, de Kendo, ou de Sumo, marche vraiment. L’inspiration permet de contracter les muscles, l’expiration de les relâcher. Mais pendant la rétention, on ne peut ni contracter ni relâcher. Si c’est après l’inspiration et avant l’expiration, on a beau essayer de se décontracter, on reste raide. On se laisse emporter par-dessus l’épaule, par exemple. »3

C’est à chacun d’entre nous d’utiliser cette découverte pour le bien-être de tous.

Le Non-Faire

Pourquoi aborder le Non-Faire dans un article sur le Riai ? Parce que je pense que c’est une clef des plus importantes dans la pratique des arts martiaux, et qu’elle est aujourd’hui trop méconnue ou négligée, car elle échappe à l’état actuel de l’expérimentation dite scientifique couramment admise. Cette clef est considérée comme faisant partie du domaine mystique alors qu’elle était à la base des enseignements anciens et, par là même, des savoirs de nos maîtres dans de nombreux arts martiaux. Toutes les techniques se sont construites à partir de l’expérience involontaire et bien souvent inconsciente du corps de l’être humain, quel que soit son genre, la latitude où il vivait, ou son âge. Toutes les techniques se sont développées et enchaînées pour permettre une meilleure efficacité face à l’adversité. Elles naissent toutes d’une réponse à un acte, qu’il soit déjà commencé ou à peine naissant. La précision vient après, elle découle des axes, de l’ambiance, comme de la volonté qui naît de la rencontre, du danger qui se révèle ou non, donc de la nécessité.

L’Aïkido est un art du Non-Faire (le wu-wei si renommé en Chine ancienne) et c’est ce qu’O senseï a transmis durant les dix dernières années de sa vie – prônant la paix et préconisant ce qu’aujourd’hui on appelle la symbiose, plutôt que le parasitisme et la soi-disant «Lutte pour la vie» si mal comprise déjà à l’époque de Darwin.

Tsuda senseï, en insistant sur la capacité de fusion des personnes et la respiration coordonnée, nous a donné une orientation et a permis cette recherche que certains d’entre nous continuent. O senseï, lui, qui n’avait plus de technique réellement détectable ni compréhensible comme nous l’expliquaient les maîtres qui l’ont directement connus dans leurs jeunesses, nous guide au premier plan pour aller dans cette direction. Si l’on s’éloigne de l’idée d’efficacité et par là même de rendement – si cher à notre société dite moderne ou encore civilisée –, on aura la possibilité de rencontrer la vie, et de pouvoir déployer nos capacités qui alors pourrons s’appuyer sur ces connaissances ancestrales trop souvent dévalorisées.

Régis Soavi

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«Tout est dans tout, et réciproquement» un article de Régis Soavi, publié dans Self et Dragon Spécial Aikido n°16 en janvier 2024.

Notes :
  1. Yolande du Luart, Le Taiji quan : de Shanghai à Pékin à la recherche du qi, 1991
  2. Noguchi Haruchika, créateur de la technique Seitai et du Katsugen undo [note de l’éditeur]
  3. Tsuda Itsuo, La Voie du dépouillement, chap. XII, Le Courrier du Livre, 1975, pp. 117–118

La »Practica Respiratoria»

Por Régis Soavi SenseiTraducción al español: Stéphane Labarthe. Revisión: Juan David Chinchilla HernándezEn casi todos los dojos se suelen nombrar los ejercicios que preceden la clase: “preparación” o “calentamiento”, ¡y si no se tratara de gimnasia ni tampoco de educación física, sino de algo completamente distinto!. Tsuda sensei escribía que su maestro Ueshiba Moriehei, estaba furioso cuando en la época, y aunque nunca le hubiese dado un nombre, sus jóvenes alumnos llamaban esta parte ejercicios “preparatorios” o “calentamiento”.

¡Una primera parte!

Para O sensei, esta primera parte de la sesión era indispensable e inseparable de la totalidad de la práctica; es por esto que Tsuda sensei, no habiendo encontrado algo mejor cuando tenía que hablar de ella a sus alumnos o para describirla, le había dado el nombre de “Práctica Respiratoria”. Explica su elección de la palabra « respiración » – que será para él una palabra clave para transmitir un mensaje a los Occidentales – desde el primer capítulo de su primer libro “El No Hacer”: « Con la palabra respiración, no hablo sólo de una operación bio-química de combinación oxigeno-hemoglobina. La respiración, es a la vez vitalidad, acción, amor, espíritu de comunión, intuición, premonición, movimiento. El Oriente conserva todavía estos aspectos a través del nombre de prâna o de ki. El Occidente parece también haberlos conocido con las palabras psyché, alma-soplo, o anima, de las cuales derivan animar, animal, animosidad, o spiro, de la cual hemos sacado palabras como: espíritu, inspiración, aspiración, respiración. » (I.Tsuda, El No Hacer, 1973). Estos ejercicios de respiración, de circulación de nuestra “energía vital”, de nuestro ki, tienen todavía para mí, una importancia primordial.

Norito
Norito

La repetición

No puedo realmente describir lo que es diferente en nuestra Escuela respecto a lo que se hace en otros sitios, ni hacer la apología de ello, porque cada uno tiene que hacerse su propia idea de lo que recibe, de lo que siente. Cada profesor o cada Escuela o grupo en función de la enseñanza que ha recibido, de su recorrido, de sus estudios, tendrá su propio método, su propia pedagogía, que se acuerda tanto con él como con sus alumnos. Algunos usan técnicas nuevas, se inspiran de otras culturas, buscan otros métodos de educación, usan una psicología del aprendizaje más moderna. Nada es para denigrar y todo es posible y todo se justifica a priori para permitir de hacer vivir de la mejor manera nuestrapráctica, de transmitir lo esencial: « la universalidad del mensaje de paz de O senseï ». Una de las críticas que se pueden hacer a la Escuela Itsuo Tsuda es que es más bien repetitiva y conservadora. En efecto, esta primera parte que hacemos cada mañana no ha cambiado desde que mi maestro empezó a enseñar en el inicio de los años setenta. En cuanto a mí, nunca me aburrí y nunca sentí, en más de cincuenta años de práctica cotidiana, la necesidad de cambiarle la mínima cosa, ni para mí, ni para misalumnos. Incluso es esta misma repetición la que permite profundizar nuestra respiración y así por repercusión, descubrir los principios que rigen todos los movimientos de nuestra práctica.

Funakogi undo
Funakogi undo

Los fundamentos de este trabajo

Esta primera parte sigue un orden lógico propio, y me parece inútil detallar todos sus movimientos. Sin embargo, algunos puntos tienen que ser precisados y en particular lo que hace de ella algo distinto de lo que suelen conocer la mayoría de los practicantes de Aikido. Después del saludo hacia el Kamiza, hay una meditación en posición seiza de algunos minutos y la recitación del « Norito Misogi no harae » por quien conduce la sesión. Después, se empieza con un ejercicio que apunta a liberar la zona del plexo solar de todas las tensiones acumuladas. Este movimiento es originario del Katsugen undo, fue introducido por Tsuda sensei y proviene de la enseñanza de su maestro de Seitai NogushiHarushika sensei. Para lo demás, todos los ejercicios que siguen fueron enseñados durante años por O sensei. No estoy reivindicando un retorno a los orígenes, una autenticidad única y escondida hasta este día, frente a deformaciones que hubieran provocado malas enseñanzas, porque es conocido que O sensei variaba los ejercicios de la primera parte. Sin embargo, respecto a lo que se sabe, había algunosque nunca cambiaban. El Saludo hacia las ocho direcciones o Funakogi undo (1) y Tama-no-hireburi (2) hacen parte de ellos; éstos dos últimos tienen ritmos específicos, una respiración precisa y un protocolo particular en cuanto a la dirección hacia la cual dirigirse o el número de veces que se ejecutan. Sería un poco fastidioso e incluso arriesgado describirlos en un artículo ya que se deben enseñar directamente de maestro a alumno en los tatamis. En cuanto a los otros ejercicios, lo más importante en todos estos gestos, no es cuantas veces se ejecutan, tampoco la velocidad o la fuerza, sino más bien la intensidad de vibración percibida por todo el cuerpo en este momento. Es lo mismocon el Kiai que suelta el que conduce la sesión al final de la primera parte. Aquí tampoco, no es la potencia del grito, de su sonido, o su intensidad, sino la naturaleza del acto, la profundidad de la respiración, la exactitud del momento y la concentración que se exige, vinculada con lo verdadero de su ejecución, que transcienden el acto para hacer de él una respuesta adecuada, un proceso de normalización del cuerpo. Cada ejercicio durante esta primera parte se debe ejecutar en un estado de conciencia preciso. Se deben hacer uno tras otro con tanta concentración como si nuestra vida, y al menos nuestra salud, dependieran de ellos, y al mismo tiempo es indispensable que se hagan en unestado de relajación. La mejor actitud posible consiste en estar a la vez presente y sin pensamiento, lo que requiere algunos años de aprendizaje, pero sobre todo perseverancia.La necesidad de un contexto adecuado Nunca insistiré lo suficiente sobre la importancia del ambiente cuando uno contempla hacer la Práctica respiratoria en un estilo cercano de lo que hacemos en nuestra Escuela. La atmósfera que reina en un dojo de verdad es de una naturaleza muy distinta si se compara con la que se puede encontrar en un club o un gimnasio. Si además, en este lugar dedicado, se pudo crear un Tokonoma (3) en el cual se encuentran un Kakegiku (4) y un Ikebana (5), la calidad de la concentración, el respeto del silencio serán más fáciles. Así sera asequible impregnarse, sumergirse en un entorno que favorece esta búsqueda. Se podrá encontrar, gracias a este entorno, la manerade ejecutar los gestos, las secuencias que, un poco como en una coreografía sin nada de superficial, hacen mover el cuerpo para hacerlo más permeable a la percepción de los flujos interiores, haciéndolo más flexible y más reactivo. Se trata sencillamente de volver a encontrar el camino recorrido por los antiguos sensei, de entender porque los que nos guiaban, todos los que he conocido o a veces solamente cruzado en seminarios o encuentros, seguían varios de estos « ritos » sin haberlos cuestionados en su juventud pero habiendo desde entonces buscado respuestas interiores.

El decubrimiento del Yin y del Yang

Es en el libro La voie des dieux (La vía de los dioses) que Tsuda sensei cuenta esta advertencia de la señora Nakanihi (6), gran maestra en el arte del Kotodama (7):« « Después de la desaparición del iniciador, los katas, las formas empiezan a descomponerse porque los que siguen con ellas no logran entender lo que motivó el iniciador en lo profundo. Heredemos de las formas, las simplificamos, las formas degeneran » dice la señora Nakanishi. El Aikido, concebido como un movimiento sacralizado por Morihei Ueshiba esta desapareciendo para reemplazarse por elAikido atlético, un deporte de combate, más conforme a las exigencias de los civilizados. » (Tsuda Itsuo, La voie des dieux, 1982).Estos comentarios de dos grandes maestros, Nakanishi sensei y Tsuda sensei, hubieran podido desanimarme. Es sin embargo típicamente este tipo de palabras que me han estimulado y empujado a seguir adelante. El descubrimiento del Yin y del Yang, es precisamente en esta primera parte que uno la puede hacer porque es una práctica « solitaria ». Nada nos puede perturbar mientras quedamos concentrados en la percepción de lo que sentimos, es como una corriente interior que poco a poco setraduce en Yin y Yang. Es un acercamiento empírico fundamentalmente no mental y el cuerpo en su totalidad percibe sus efectos inmediatamente. Entonces, nuestro Aikido se transforma, uno entra en otra dimensión, con una perspectiva psico-física más amplia. El hecho de sentir concretamente en sus propios miembros, en toda su postura, la circulación del Ki como flujos distintos que tienen una naturaleza precisa, positiva o negativa, Yin o Yang. Unas corrientes que se transforman y se alternan cambiando a veces de Yin hacia Yang, circulan de un lado a otro, dan vueltas, se paran de manera inesperada y al final nos guían en todos nuestros movimientos mientras estamos a pena consciente de ello. Esto no llega en un día pero es lo que dio un sentido a mi práctica del Aikido, esto me permitióperseverar, y superar los desalientos, las etapas difíciles, las en que uno se siente bloqueado, sin recursos. Es también gracias a estas repeticiones diarias, a todos estos gestos, que nuestro cuerpo se regenera y percibe a los otros no sólo a través de sus aspectos físicos o sociales, sino más bien a través de lo que estos emanan en toda su profundidad, que no sólo es algo psicológico sino de un dominio completamente diferente, de otra naturaleza.

De la práctica solitaria hacia el ósmosis

Se trata aquí de una metamorfosis cualitativa importante que no está hecha para hacernos soñar, porque se sale de lo ordinario y porque esta transformación abre posibilidades para entender nuestro universo, nuestra humanidad en toda su complejidad. En lo opuesto de los mundos virtuales que se nos proponen por medio de la tecnología y las relaciones sociales en nuestro cotidiano, uno empieza a percibir el universo de lo real, su naturaleza profunda. A la vez no muy diferente de nuestra vida de todos los días y sin embargo de un tipo completamente distinto. Cada ejercicio de esta primera parte está vinculado a nuestra respiración, cada movimiento se encuentra relacionado con la inhalación o la exhalación. Tsuda sensei solía pronunciar en voz alta Ka en el momento de la inhalación y Mi durantela exhalación, nos explicaba que cuando uno unifica la respiración uno realiza Ka y Mi que se vuelve Kami, palabra que se podría traducir por Dios. No se trata aquí de Dios en el sentido religioso o incluso místico sino más concretamente de la vida en todas sus manifestaciones. La marcialidad no desaparece, sencillamente se transciende. Uno podrá entender mejor porque Tsuda sensei escribía « El Aikido, la vía de coordinación del ki, es un arte de « fusionar el ki » y por lo tanto una forma marcial de ósmosis. » (Tsuda Itsuo, El No Hacer, 1977).

Tama-no-hireburi
Tama-no-hireburi

El Aikido, religión o filosofía ?

En el momento en el que se ritualiza todo o parte de la práctica en un arte marcial, lo acusan de religiosidad o misticismo. El Reishiki, los saludos, la concentración, las diversas meditaciones, todo se vuelve sospechoso, de la misma manera que todo lo que hace de ello un arte pacífico, respetuoso del ser humano. Es difícil explicar, a la luz del materialismo científico y de los conocimientos de hoy en día, en que una practica ritualizada tiene un interés ya que se escapa de la idea de progreso. Sin embargo, el mundo de la investigación sigue avanzando a pesar de todo en los estudios para entenderde manera más fina como funciona nuestro entorno. Pero los trabajos de investigación siempre tienen que tener un toque de cientifismo para ser aceptados. Por ejemplo se puede llegar a conectar sensores, fabricados a partir de los detectores de mentiras, en plantas para entender su lenguaje mientras todavía somos incapaces de explicitar porque algunas personas tienen un don para cuidar las plantas (en ciertas partes se dice que « tienen la mano verde »). Se busca por todos los medios en reproducir la naturaleza en lo que lleva de beneficios al ser humano sin entender como esta misma naturalezaproduce este trabajo. Se analiza, se divide, se corta, con el fin de encontrar el elemento activo de una sustancia sin darse cuenta que es el conjunto que es creador de este componente. Si falta una sola parte, un solo elemento, o si el ritmo no se respeta, el resultado sera completamente diferente, e incluso puede ser contrario a lo que se esperaba encontrar o a lo que se había descubierto anteriormente. Si no necesitamos religiones que nos encadenan a dogmas, tampoco necesitamos ideologías que constriñen nuestras libertades o peor nos esclavizan. Incluso si algunas de estas nuevascreencias o doctrinas, a veces supuestamente validadas por la ciencia, han sido concebidas para nuestro « bien », para nuestra « felicidad » presente o futura, no valen más a mis ojos que las quimeras del pasado. Una alienación vale la otra. La búsqueda de la unidad del ser queda para muchos de nosotros el valor último; para encontrarla, la Practica respiratoria es una herramienta de calidad, fácil y a nuestra disposición. Los dioses antiguos murieron cómo representaciones, cómo imágenes proyectadas por la humanidad, pero esta energía que se les atribuían y que nos anima sigue aquí, lapodemos sentir, volver a descubrir y usarla en nosotros.

Mantener la salud

« La salud es un estado completo de bienestar físico, mental y social, y no consiste solamente en una ausencia de enfermedad o discapacidad.». (8) Es la definición de la OMS y la aceptamos en Occidente como algo natural. Muchas veces se entiende superficialmente igual que su corolario con sus implicaciones: hay que combatir las enfermedades, eliminar los microbios, los virus, hay que corregir la naturaleza que es tan imperfecta, hay que sostener, proteger el ser humano, etc. La doctrina se vuelve tan absoluta que termina por dar resultados contrarios a lo que se esperaba y en particular este: « las personas se debilitan ». En vez de dar la posibilidad al cuerpo de desarrollarse de manera natural, lo obligamos a protegerse de todo lo que eventualmente podría ser peligroso o lo blindamos. Forzamos y lo forzamos en el nombre de imperativos conceptuales respecto a la salud, supuestamente científicos o medicales. Se refuerza una educación teórica relativa al funcionamiento del cuerpo como al higiene sin entender los fundamentos de ellos, se ponen normas sobre la estética de los chicos y de las chicas al detrimento de su salud real. Los resultados están lejos de responder a las expectativas quela sociedad puso en ellos pero el condicionamiento, él, esta aquí y para mucho tiempo. La Práctica respiratoria, esta primera parte accesible a todos cualquier sea nuestro pasado o nuestro estado físico, es quizás la respuesta a lo que uno siente cuando descubre el peso de la opresión que se ejerce sobre el cuerpo, nuestro cuerpo y su influencia sobre nuestro espíritu, nuestra reflexión y por lo tanto nuestros actos.

Gestos sencillos

Es un proceso de descontaminación que puede empezar. Como para el planeta cuando hace falta descontaminar la naturaleza, es importante parar un proceso, dejar de usar los mismos funcionamientos, de « hacer más de lo mismo » (9). Los gestos sencillos asociados a la respiración, « la circulación del ki », llevan desde el inicio de este lento trabajo de reconstrucción resultados visibles que muchas veces sorprenden el entorno de las personas que practican, cualquier sea su edad o su condición física. La verdadera dificultad se encuentra en la continuidad mucho más que en los esfuerzos que en realidad son muy modestos. Hasta nos podemos limitar a esta primera parte si así lo deseamos o si condiciones imprescindibles nos obligan a ello. El bienestar que resultara de ello no severa disminuido porque la unidad « cuerpo-espíritu » que se habrá encontrado es el verdadero regalo que nuestra naturaleza profunda ha buscado desde siempre.Notas :1) Muchas veces traducido por el « Movimiento del ramero ».2) Tsuda senseï lo traducía por « Vibración del alma ».3) Alcoba utilizada para exponer un Kakegiku.4) Marco en forma de rollo para una caligrafía o una pintura.5) Florero japonés.6) La señora Nakanishi, monja Shinto, enseñaba el Kotodama a maestro Ueshiba.7) El kotodama es el conocimiento del poder espiritual que proviene de los sonidos.8) Definición de la Organización Mundial de la Salud (OMS).9)Watzlawick Paul, teórico de la Escuela de Palo Alto.

Seitai y vida cotidiana #4

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